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Légende de Bodhidharma

D'après la légende, au VIème siècle, un moine indien originaire de Kanchipuran, dans la région de Madras, se rendit à la Cour Impériale Chinoise, à Nankin. Troisième fils du roi de Madras, Bodhidharma (Po Ti Ta Mo ou Tamo en chinois) était le 28ème patriarche bouddhiste. Son entrevue avec l'empereur Wu fut un échec total!

Bodhidharma  traversa alors le fleuve jaune, sur un roseau d'après la légende, et se réfugia au Monastère de Shaolin… Là, mortifié par son échec, il resta 9 ans en méditation dans une grotte, face à un mur…Un jour, furieux de s'être assoupi, il se coupa les paupières et les jeta à terre: elles donnèrent naissance à un théier. Après 9 ans de méditation, Bodhidharma connut l'illumination et décida d'enseigner une nouvelle doctrine; le Chan (Zen en japonais) qu'il définit ainsi: "Voir dans sa propre nature pour atteindre l'éveil."

Trouvant les moines dans une condition physique déplorable les empêchant de pratiquer correctement la méditation, Bodhidharma leur enseigna une série de 18 mouvements destinés à fortifier le corps et l'esprit: les 18 mains des disciples du Bouddha (Shih Pa Lohan Sho)… Ces 18 exercices, répertoriés dans un ouvrage dont l'auteur présumé est Bodhidharma, constituent la base de ce qui allait devenir…LE KUNG-FU DE SHAOLIN!!! Déçu de voir que les moines préféraient l'aspect martial de son enseignement, Bodhidharma décide alors de quitter le monastère…En 557, on le dit mort: mais dans sa tombe, on ne trouvera qu'une sandale et une robe… Des témoins le verront en route vers l'Inde, chevauchant un tigre et chaussé d'une sandale!

 

(l'arbre de la sagesse de Bodhidharma)

Une bien belle légende , n'est-ce pas? En fait, les techniques de combats à mains nues existaient en Chine bien avant l'arrivée de Bodhidharma. Contrairement à la légende, il n'introduisit pas les arts martiaux au Temple de Shaolin. Par contre, on lui doit la création du Bouddhisme Zen (Chan en chinois), qui allait fortement influencer l'évolution des arts martiaux japonais…De plus, pour les chinois, Bodhidharma reste celui qui leur amena la notion de Vertu Martiale (Wute). Avant lui, on ne pensait qu'à se battre… Tamo (son nom chinois) donna un nouvel élan aux arts martiaux en expliquant que ceux-ci devaient développer autant le corps que l'esprit… Tout un programme pour l'époque!!!

Mais l'histoire de Shaolin ne s'arrête pas avec Bodhidharma . En 630, l'empereur Tai Tsung fait appel aux moines de Shaolin pour l'aider à repousser les Mongols… Dans la légende, on dit que le Temple n'envoya que 5 de ses moines-guerriers pour combattre une horde Mongole forte de 500 hommes! En fait, on ne connaît pas le nombre exact d'hommes dans les deux armées… La seule chose de sûre, c'est que dans la légende comme dans la réalité, l'armée Mongole fut anéantie. L'Empereur se rendit alors au monastère, annoblit 17 moines et leva l'interdiction de consommer de la viande et du vin et autorisa le Temple à former 500 moines-guerriers! Tai Tsung propose aux moines des charges à la cour mais ceux-ci refusent en disant: "Maintenant que le monde est en paix, nous rentrons au monastère, mais si le pays a besoin de nous un jour, alors nous livrerons combat à nouveau!". L'Empereur conféra au Temple le titre de premer monastère de l'Empire. La création de la première forêt de pagodes date de cette époque…

Le Temple connut une histoire mouvementée… Il subit la destruction des 3 Wu qui ordonnèrent sa destruction par décret: Tai Wu Ti (556), Zu Wu Ti (692) et Zu Zhong (884)… Il fut également détruit en partie par des bandits en 589, abandonné en 890 lors de l'abolition des monastères, puis de 960 à 975 par décret impérial… Après une période de déclin, le Temple de Shaolin retrouve son éclat sous la dynastie des Ming (1368-1644), où il entretient des liens privilégiés avec la Cour Impériale. Le moine Chang Wo (1376-1428) parcourt Okinawa, la Malaisie, le Vietnam, la Corée… L'influence de Shaolin sur le plan des arts martiaux va se faire sentir dans toute l'Asie.

C'est en 1644 que la dynastie des Ching s'installe au pouvoir, c'est la fin des Ming. En 1660, un légaliste Ming, Kouo Sing Ye (Koxinga), mène la rebellion contre les Mandchous et prend la ville de Nankin, avec le soutien de Shaolin. En 1662, Kang Hi, un nouvel empereur, monte sur le trône. Il entreprend aussitôt la reconquête du Sud de la Chine. Des monastères suspects sont rasés, des milliers de rebelles executés… Kang Hi offre un panneau de bois laqué ornant toujours l'entrée du monastère; Shaolin s'incline devant ce nouvel Empereur. Mais en 1736, Kien Long (petit fils de Kang Hi, nouveau maître de la Chine) décide d'en finir avec le monastère, centre de nombreuses rebellions: le Temple Shaolin du mont Song est investi et en parti détruit. Seuls 5 moines parvinrent à en réchapper ...les moines ont beau être des experts dans l'art du combat, ils n'en sont pas moins des hommes… Ils donneront naissance à 5 styles: Hung Gar, Liu Gar, Choi Gar, Li Gar et Mo Gar.

Il existe une certaine confusion concernant l'existence et la destruction du Temple. En fait, il y eu jusqu'à 5 monastères qui portaient ce nom. Le plus célèbre étant bien sûr celui du Hénan, ou Bodhidarma vint enseigner le Chan. Il y eu ensuite celui du Fukien (sud de la Chine) plus un troisième monastère situé dans la province du Hebei (au bord du lac Honglong). Enfin 2 autres temples, un situé dans le Fukien et l'autre dans le Sichuan furent entièrement détruis sous la dynastie des Ching. Comme tout ces monastères furent détruits, brûlés et reconstruits à plusieurs reprises au cours de leur histoire il s'en suit une confusion inévitable. Néanmoins, quand un maître chinois fait référence au Temple de Shaolin, il parle de celui du Hénan (où Bodhidarma  a enseigné). Ce célèbre monastère a lui aussi été en partie détruit et restauré à plusieurs reprises. Sous le règne de l'empereur Kang Hi (1662-1722), de nouveaux bâtiments furent construits, dans lesquels on peignit des fresques martiales. Deux de ces fresques nous sont parvenues: peintes entre 1640 et 1800, elles représentent des moines à l'entraînement. Ces peintures sembleraient ajouter foi à la légende qui veut que les Indiens soient venus enseigner les arts martiaux. En effet, les maîtres y sont représentés comme des hommes à la peau foncée. Autre relique émouvante: les creux laissés dans le sol, dit-on, par les moines au cours de leurs entraînements, et qu'on peut voir dans la salle dite des 1000 Bouddhas .

Le Temple de Shaolin du Hénan cessa d'être un centre religieux en 1928. Un seigneur de la guerre, Fang Chung Hsueh, en avait fait sa base. Attaqué par le général Hi Yousan, il évacua le Temple avec les moines. Fou de rage, Hi Yousan fit brûler les archives du monastère, et notamment celles qui se rapportaient aux arts martiaux. Par chance, les principaux bâtiments furent épargnés par le feu…

En 1966, le Temple Shaolin du Hénan subit quelques dégradations de la part des Gardes Rouges, mais rien de très sérieux. A l'époque les arts martiaux étaient dénoncés comme pratique féodale. Depuis la fin de la Révolution Culturelle, les choses ont bien changé; désormais, les autorités chinoises cherchent à promouvoir le Wu Shu, version sportive de l'art martial, et même à en faire devenir une discipline olympique. Dans cette optique les arts martiaux ont été réhabilités! Le Temple de Shaolin du Hénan a ouvert ses portes au public en 1978. Des travaux ont été entrepris pour sa restauration. On a créé une sorte de musée en plein air, où des mannequins de bois retracent l'histoire du monastère… En 1987, Shaolin a reçu 2 millions de visiteurs, chinois en grande majorité… Avant 1984, n'importe qui pouvait devenir moine; depuis cette date, le gouvernement choisit les postulants dans une académie bouddhiste. Il existe 2 sortes de moines: ceux qui résident au monastère en suivant les préceptes du Bouddhisme (ceux-là ont fait vœux de pauvreté, obéissance et chasteté), et ceux qui viennent seulement étudier auprès des moines: eux peuvent se marier et mener une vie normale; ce sont les maîtres-disciples des moines de Shaolin. La photo ci-contre présente une petite partie des moines-guerriers avec des armes traditionnelles et le fameux panneau en bois laqué, offert par Kang Hi (fin de Shaolin) , ornant l'entrée principale du temple.

Aujourd'hui, conscientes de l'intérêt suscité par les arts martiaux chinois auprès des occidentaux, les autorités de la province du Hénan ont ouvert en septembre 1988 le centre de Kung Fu de Shaolin. Situé tout près du célèbre monastère, ce centre comprend hôtel, restaurant et… salles d'entraînement! Il est destiné à accueillir des stagiaires chinois et occidentaux .

 

 

 

 

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Dernière modification : 05 mars 2009